Une vie tournée vers l'autre
Quoi de mieux pour cette newsletter post-saint-Valentin que de développer cette idée : la fosse aux couilles. Ce terme est tiré du film “Célibataires, mode d’emploi”, et est utilisé pour résumer le comportement de l’une des héroïnes : dès qu’un mec s’intéresse à elle, elle tombe dans cette “fosse”. Elle ne sait plus qui elle est, elle est toute tournée et dévouée vers ce type. Elle n’existe plus pour elle. Et vous savez quoi? Ça me fait toujours penser à moi (et en toute vérité à beaucoup de copines).
Et en même temps, serait-il possible de faire autrement? J’ai passé toute mon adolescence à tomber amoureuse de vagues mecs, environ toutes les 4,7 secondes. Je lisais des magazines (Jeune & Jolie, ça rappelle des souvenirs à quelqu’un?), qui m’expliquaient comment trouver un mec, comment le garder, comment me maquiller, comment ne pas avoir l’air maquillée, comment, comment, comment.
L’âge adulte n’a rien arrangé. Premier couple, moi aussi je crée mes propres croyances : le couple c’est chiant et la routine mortelle. Personne pour te dire que la routine est en fait inévitable et que SPOILER elle ne repose pas que sur toi, élément féminin du couple hétérosexuel. Les magazines ados sont devenus adultes, mais avec toujours les mêmes injonctions : comment avoir l’air gourmande et fit pour l’été. Comment être séductrice sans être salope. Comment faire la parfaite fellation en 10 leçons.
A ça, j’ai ajouté : les livres de développement personnel, pour gérer mon angoisse d’abandon et ne pas lui imposer, parce qu’il paraît que c’est mal. Un travail sur moi pour comprendre pourquoi je ne trouvais personne, ou alors pas la personne que je voulais, et qu’est ce que mes parents ont à voir dans l’histoire, merci?
Et bien sûr, pour ne pas faire peur, pour ne pas effrayer, j’ai trouvé de quoi occuper mon temps “en attendant”. Et c’est là, précisément, que j’ai commencé une vraie vie d’équilibriste.
Parce que les goûts, les activités, les voyages, les rêves et projets qui sont nés, propres à moi, n’ont bien sûr pas disparu quand je finissais ma période “d’attente”.
Parce que j’ai commencé à déconstruire le rêve qu’on m’avait toujours vendu comme un rêve, mais qui semblait correspondre à une prison dorée pour moi.
Et en même temps, je rêvais, et je cherche toujours, une relation amoureuse. Le truc qui te pousse vers l’autre, à avoir envie de le voir, de l’avoir dans ta vie. Mais…pas comme les gens le voit. Et surtout pas les hommes. Et les problèmes commencent donc ici.
J’ai toujours su dire ce que je ne voulais pas (et ça, ça date) : je ne serai jamais le genre de femme à vouloir un couple avec villa à la campagne, trois enfants et un labrador. Ce qui décevait certains gars, moi qui avait l’air si gentille et…classique (niveau de mes fringues je suppose).
Et maintenant, à force de lectures, de podcasts, je sais un peu mieux ce que je veux : un couple libre. Pas dans le sens ouvert à tous, mais bien un couple complice, intime, qui pose des bases sécurisantes pour que chacun puisse s’y épanouir et évoluer. En toute liberté, propre à chacun. Qu’on puisse vaquer à nos projets persos, avec nos projets de couple. Je prône le chacun chez soi, je n’aurai pas d’enfants. Quelque part, pour certains, une relation sans vrais engagements. Rencontrer ses parents, ses potes? Je m’en fous, au contraire ça ne m’intéresse plus. Moi, ce que je veux, c’est la complicité. La tendresse. Le soutien de l’un à l’autre en cas de soucis. Du partage. Et du temps pour soi.
Dit comme ça, ça doit paraître simple. Seulement, en 2024, la bataille fait toujours rage dans le cœur de certains hommes. En témoigne ces réflexions reçues : “Moi, une femme, elle me tient par le sexe et la bouffe”, “mon ex s’habillait super bien et sexy pour aller travailler, et se changeait une fois rentrée à la maison. Je me sentais délaissé”, “oui, mais tu aimes t’apprêter pour aller danser?” (par le gars qui m’a draguée dans un bar le mois dernier). Oui. La femme objet, bien habillée (comprendre : sexy), bien maquillée, qui prépare le bon petit plat pour son homme qui rentre, ça plaît encore. Beaucoup. Beaucoup plus que ce que j’aurais imaginé. Celle qui sert aussi d’objet qui comble la solitude, ou encore sur le plan sexuel. Et quand je dis sexuel, je pense à tous ces ex-amants qui m’ont parfois recontactée car c’était tellement bien entre nous. Pour eux. Car leurs fantasmes à eux étaient comblés. J’ai rarement donné suite car c’était rarement réciproque (bonne nouvelle, je n’ai pas dit jamais). Je mets les hommes mariés avec qui j’ai parfois eu une histoire (ou pas) dans une autre catégorie encore. Ceux pour qui tu dois en plus arranger ton agenda en fonction du leurs, qui sont parfois jaloux si tu vois d’autres personnes (ou parfois juste si tu parles à d’autres mecs), tout en restant méfiant parce que tu pourrais leur faire un sale coup (elle a bon dos encore, l’image de la briseuse de ménage - alors qu’à la base c’est eux qui fautent).
Trouver un homme qui accepte une telle relation, dont l’un des piliers centraux est la liberté, c’est plus compliqué que de trouver une aiguille dans une botte de foin. Et pour cause : beaucoup de gens confondent appartenance au couple et possession. Fusion et amour. N’avez vous pas autour de vous des gens qui trouvent ça si romantique que l’autre dise “tu m’appartiens”?
Ça, c’est ce qui a fini par me faire terminer chez un psy. En plus de mon burn-out, qui était le problème de base. Parce que des gars très égocentriques, qui veulent une femme jolie, gentille, cuisinière, ménagère, psy quand il le désire, combleuse du vide dont ils ne se sont jamais occupés, aide financière pour certains aussi…il y en a beaucoup.
Pourtant, j’aimerais être à nouveau amoureuse. Mais j’aimerais que cette fois, ce soit sans douleur, sans oubli de moi. Et déjà que je suis souvent ma propre geôlière, à travers le modèle dont j’ai hérité, avec qui je dois me battre constamment pour ne pas me créer une cage dorée, il faudrait en plus…que je gère celle que l’autre veut m’imposer. Ses projections, ses envies de couples bien rangées, de posséder une femme-objet ou qui sert de faire-valoir. Ou à l’inverse, éviter celui qui entend par ma description du couple quelque chose de parfait pour lui qui veut juste tirer son coup de temps en temps.
Et puis ça m’est tombé dessus il y a quelques jours. Finalement, je suis en burn-out depuis quelques mois, je n’ai toujours aucune idée du chemin à prendre, et mes angoisses actuelles tournent encore autour… des hommes. Qui l’eût cru?
Hier, j’ai terminé un très chouette livre, Vieille fille, de Marie Kock. J’ai eu l’impression de me retrouver beaucoup dans ce qu’elle écrivait. Dans plein de réflexions, mais surtout dans une, qu’elle écrit à un moment : “J’ai abandonné”. Je crois que moi aussi, je suis aussi en train d’abandonner. Et ça m’angoisse, ça m’attriste, ça me remue. J’ai connu des ami(e)s qui ont galéré pendant des années avant de trouver le bon ou la bonne. J’en connais qui galèrent toujours et n’ont trouvé personne, j’en connais d’autres encore qui n’ont jamais galéré. Certain(e)s se sont beaucoup remises en question, d’autres jamais. Il n’y a pas de sens ni de justice ni quoi que ce soit d’autre à tout ça. C’est comme ça.
Ma réalité, c’est que je suis en train de ruminer et passer toute mon énergie à comprendre pourquoi certains hommes n’ont eu aucune empathie à mon égard. Pourquoi ils ne se sont pas mis à ma place. Pourquoi ce sont les seuls autour de moi. La réponse est la même pour tous : c’est comme ça. Mais je peux les repérer et m’en tenir éloignée. Sauf que…je sais ma réalité. Actuellement il n’y a rien d’autre. Et en toute sincérité, je n’ai pas l’énergie de trier une botte de foin en ce moment (comprendre : les applis de rencontres). Surtout qu’il y a beaucoup de chardons dedans, et ça pique. Beaucoup.
Je calcule le temps passé sur ces hommes, l’argent dépensé à m’entretenir, lire, consulter, pour des gens…qui ne se soucient de rien, et sont souvent les mêmes qui te lâchent que le problème c’est toi, pas eux.
Je suis en train d’abandonner. Et ça me navre, ça me bouffe, parce que pour moi, l’amour reste le plus beau des sentiments. Mais la triste réalité, c’est qu’en choisissant d’abandonner, je me choisis moi. Mon temps, mes projets, prendre soin de moi. Et je suis tellement triste de me rendre compte que la réalité, c’est qu’une partie des gens a été élevée à penser à l’autre avant soi, et l’autre partie à penser juste à elle-même.
Je sais ce que vous allez me dire.
Not all men. But a lot quand même.